Ismaël Houdassine
Écrit par
Ismaël Houdassine
ismael.journaliste@gmail.com

Omar m’a tuer : coupable par ses origines

26
09
11
3,5
Films
Note :
3,5
Avez-vous aimé cet article?

CRITIQUE DU FILM OMAR M’A TUER

Sortie en salles vendredi 25 septembre, Omar m’a tuer de Roschdy Zem revisite vingt ans plus tard l’affaire Raddad. Une œuvre engagée portée par la prestation époustouflante de Sami Bouajila qui joue avec une grande sobriété le jardinier Omar Raddad accusé à 28 ans du meurtre de sa patronne. À voir absolument.

L’histoire d’Omar Raddad est connue en France. En 1991, le meurtre plutôt sordide de Ghislaine Marshal défraie la chronique. Elle est retrouvée mutilée et morte dans la cave de sa riche demeure de Mougins dans les Alpes-Maritimes. La femme aura tout de même eu le temps de laisser sur le mur avant de succomber une phrase accusatrice écrite avec son propre sang : « Omar m’a tuer ». Avec en prime une faute d’orthographe étonnante.

Les soupçons se dirigent très vite sur le jardinier de Mme Marshal. Évidemment, qui d’autre que l’immigré serait capable d’un tel crime? Condamné à 18 ans de réclusion criminelle, le Marocain analphabète aura beau clamer son innocence, son profil représente le coupable idéal. Gracié, mais jamais innocenté, Omar Raddad est finalement libéré en 1998.

Un simple fait divers? Oh que non! En racontant sous forme d’une contre-enquête les circonstances douteuses de l’arrestation d’Omar Raddad ainsi que son procès en partie bâclé, le réalisateur Roschdy Zem nous fait rentrer de plain-pied dans un univers glauque où la justice française nourrie de préjugés et de racisme se transforme en un monstre broyeur de vies. Qu’il soit réellement coupable ou non, la question ne se pose pas, puisqu’Omar est innocent. Un parti pris assumé par le cinéaste au vu du drame vécu par le jardinier.

Par conséquent, Omar m’a tuer ne veut pas refaire le procès. Le mal étant déjà fait. Le film se veut plutôt un réquisitoire — inspiré du livre de Jean-Marie Rouart (Omar. La construction d’un coupable) — sur les conséquences d’une accusation truquée, expédiée à la va-vite. C’est alors qu’on découvre l’effroyable destin d’Omar Raddad tout en étant subjugué par l’interprétation de Sami Bouajila pleine de retenue et d’humanité.

On est souvent pris à la gorge durant le film. Certaines scènes sont particulièrement émouvantes comme celle du père d’Omar qui tente d’aider son fils mal en point à descendre les escaliers du parloir. Même si le cinéaste ne répond pas à toutes les questions, l’identité du véritable tueur est toujours inconnue, il tente quoiqu’avec un peu de maladresse à imbriquer deux récits simultanés.

Il y a d’abord les pérégrinations de l’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard (toujours bon Denis Podalydès) qui reçoit le mandat de remonter l’enquête pour le compte d’un éditeur afin d’éclairer les nombreuses zones d’ombre. Caméra à l’épaule, Roschdy Zem filme les scènes comme une sorte de course contre la montre.

Ensuite la caméra s’assagit. Elle se pose sur Omar Raddad. On l’accompagne dans la cellule, au tribunal, parmi ses proches et surtout devant la tragédie qu’il comprend au fur et à mesure que se déploie la machine judiciaire, implacable, injuste, arrogante. Le tout étant filmé sans flafla privilégiant l’émotion.

Omar m’a tuer est certes une œuvre de sourde colère face au déni de justice pour les gens qui n’ont pas les moyens financiers pour se défendre convenablement, mais les silences du jardinier sont autant de cris qui rappellent qu’un innocent en prison n’est jamais une affaire classée.

Intéressant et malheureux de constater que le long métrage sort en salles alors que l’on vient d’exécuter aux États-Unis Troy Davis. Là aussi l’homme aurait mérité une révision de son procès alors que plusieurs des témoins sont revenus sur leurs déclarations. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’ancien président Jacques Chirac qui sera sans doute mis hors de cause pour ses manigances lorsqu’il était maire de Paris. Quand on nous dit qu’il y a deux justices…

Omar m’a tuer – Métropole Films Distribution – 85 minutes – Sortie en salles le 23 septembre 2011 – France.

Lire aussi : l’entrevue avec Roschdy Zem

La bande-annonce :

articles { récents }

blog comments powered by Disqus